Parution le 19 février 2021

Éveils

Grandir. Se confronter aux autres, faire face aux premières déconvenues, au regard de l’autre, aux attentes du monde. Et puis faire des découvertes. Comprendre, se révéler à soi, aux autres. Se construire. A travers des bribes de sa vie et de son parcours, Juliette Mancini se raconte, elle, mais aussi le monde dans lequel elle a grandi. La légende viriliste du grand-père qui a fait la guerre; les premiers clichés sexistes (la force des garçons, la grâce des filles); la première main aux fesses dans la foule, la peur et la honte qui surgissent, mais aussi la découverte qu’on peut être désirable. En choisissant ces moments marquants, où en tout cas significatifs de sa vie et de son parcours, en les déconstruisant avec la plus grande acuité, Juliette Mancini réussit une prouesse trop rare, celle de transformer le particulier en universel. Avec pudeur, délicatesse, intelligence, et juste ce qu’il faut de mise à distance, elle nous promène ainsi de l’enfance à l’âge adulte, de l’acceptation de fausses évidences au déboulonnage des mythes, pour mieux décortiquer les injonctions d’une société si prompte à nous assigner des rôles. Son précédent livre, De la Chevalerie, s’intéressait déjà aux mécanismes de la domination, et, sans manichéisme, relevait avec justesse la complexité de ces mécanismes, refusant la (trop) simple dualité dominant-dominé. C’est la même finesse d’analyse qui est à l’œuvre ici, en démontrant, par exemple, comment le regard de l’autre peut avoir quelque chose de tour à tour flatteur, inquisiteur ou avilissant. Elle nous rappelle aussi à quel point les paradoxes et les contradictions semblent être le propre de l’être humain; mais aussi, sans doute, ce qui en fait sa richesse. Avec Eveils, Juliette Mancini signe une œuvre forte, un livre ouvertement politique, qui, bien plus que d’asséner des vérités toutes faites, invite à la réflexion. Une grande réussite.

128 pages , quadrichromie

17 × 24 cm, broché avec rabats

ISBN 978-2-88923-097-6

En vente dès le 19 février 2021

Parution le 5 mars 2021

Douce Nuit

La mort, un moment difficile qui n’arrive qu’une fois dans la vie.
Sauf pour Benny.
Et donc: Benny est mort. Quelle déception. Benny est hyper déçu par la mort: comment aurait-il pu imaginer que la mort, c’était un truc aussi nul?
En attendant le tunnel – celui avec la lumière au bout – Benny entend des voix, car on discute au-dessus de sa tombe. Benny est désormais une icône de la révolution – mais qu’est-ce qu’une révolution, quand elle devient un argument commercial, ou le sujet d’un blockbuster? Et peut-on attaquer le système depuis l’intérieur? se demande un étrange trio en conciliabule dans le cimetière.
En parallèle, on suit Morgane Néville, l’écrivaine de science-fiction (et avatar de l’auteur?), qui poursuit un Benny apparemment toujours bien vivant…
Benny, c’est le jouet le plus fou que s’offre ponctuellement Baladi, ce grand bidouilleur de forme, qui trouve dans ce personnage un peu pathétique un magnifique vaisseau pour aborder bien des sujets. Ici: la page blanche, la culture populaire, la récupération des idéaux, et bien d’autres choses, dont, encore et toujours, la quête de l’amour.
Le monde se divise en deux: ceux qui lisent Benny, et ceux qui ne le lisent pas; ceux qui savent, et les autres… les pauvres! Bah, tant pis pour eux…

112 pages , bleu

12 × 17 cm, broché

ISBN 978-2-88923-098-3

En vente dès le 5 mars 2021

Parution le 5 mars 2021

Au suivant

par Noyau

Il faut le savoir: Noyau est un salaud. Ne l’invitez pas: une fois chez vous, il s’assiéra dans un coin, ne pipera pas un mot, mais observera vos moindres gestes d’un œil aussi placide que perçant. Puis une fois rentré chez lui, il sortira ses plus belles gouaches, s’armera d’un pinceau bien trop usé, et fera de vous ou vos proches un portrait aussi beau (dans la forme) qu’acide (dans le fond). On vous prévient: Noyau est un sale type. On le voit bien dans ce livre, Au suivant, composé d’une suite de portraits qui se déploient systématiquement sur deux pages, comme celui de Melvin, qui décide de se passer de tout, mais pas de l’aide financière de ses parents; Nino, hipster barbu, qui prend tellement de soin à préparer son expresso que l’heure de l’apéro arrive avant le première tasse; ou Odile, qui ne partage pas ses théories complotistes avec son fils, car comment savoir si celui-ci n’est pas un extra-terrestre?… Méfiez-vous: Noyau est un sale type. Pourtant, par le passé, certains éditeurs lui ont accordé leur confiance, à l’instar de Frédéric Pajak, qui, au sein des Cahiers Dessinés, a publié ses précédents livres, comme Dessins au doigt, L’Art de Vivre ou Les Doigts sales; ou encore Actes Sud, chez qui il a commis L’Œuf, en compagnie d’Anna Sommer. Des livres tous magnifiques, et c’est peut-être là que réside le mystère Noyau: comment un être aussi malfaisant et dangereux peut être également un dessinateur aussi génial? Bon, en tout cas on vous aura averti, Noyau est méchant, comme son livre. Méchant et même féroce envers ce triste monde et ceux qui le peuplent, on pourrait même dire carrément cinglant et politiquement peu correct, mais il faut bien l’admettre: à l’arrivée c’est bon, et ça fait du bien.

128 pages , quadrichromie

15.5 × 25.5 cm, cartonné

ISBN 978-2-88923-099-0

En vente dès le 5 mars 2021

Parution le 9 avril 2021

La Forêt des araignées

On assiste depuis quelques années à un mouvement plutôt intéressant dans la bande dessinée (mais aussi dans la littérature et au cinéma) qui voit des auteurs délaisser les récits réalistes et l’auto-fiction pour se réapproprier certains thèmes et genres qui avaient été comme confisqués par de grosses «machines» commerciales ou des œuvres formatées et sans imagination. Ainsi, Sascha Hommer, qui après deux récits ouvertement autobiographiques (Quatre Yeux et … en Chine, tous deux chez Atrabile) nous revient avec La Forêt des araignées, un livre qui baigne ouvertement dans la fantasy et joue avec les codes et poncifs inhérents au genre.
C’est bientôt le moment de la chasse pour ceux qui vivent sur les rochers. La chasse les amènera dans la forêt des araignées, à la recherche des Sylvestres, espèce de grosses limaces gluantes qui abritent dans leur mucus les Punkis, principale nourriture du peuple des rochers. Mais la présence des Yeux, démiurges géants et tyranniques, qui ont interdit au petit peuple l’accès à cette réserve de nourriture potentielle, rend la chasse dangereuse. Le seul espoir d’une vie paisible et plus juste serait, comme le prédit la Prophétie, l’avènement du Messager, qui pourrait libérer le peuple des rochers et le porter au-delà de la Grande Muraille, et vers le Royaume des nuages…
Univers fantasque et fantastique, dessin tout en rondeur, personnages kawaï et sous-texte politique, La Forêt des araignées est donc une œuvre hybride, un livre d’auteur mais aussi un récit d’aventure, un ouvrage qui vous transporte ailleurs mais qui refuse également de tout prémâcher et ose faire confiance à l’intelligence, et l’imagination, du lecteur.

152 pages , noir & blanc

14.5 × 19 cm, broché avec rabats

ISBN 978-288923-100-3

En vente dès le 9 avril 2021