Parution le 6 mai 2021

Considérations sur les flèches de l’amour

Sans pour autant nier leurs indéniables apports à l’existence de l’homme de goût, il faut bien admettre que la pornographie et la théorie mathématique des graphes orientés pèchent de manière réitérée en ce qui concerne la qualité narrative. Si à ce triste constat on ajoute celui de la difficulté d’accéder à une connaissance définitive des mécanismes des transports amoureux, on n’a guère d’autre choix que de s’avouer fortement dépité face à ces innombrables entraves inondant le sentier de la félicité universelle. C’est ainsi acculé qu’Ibn Al Rabin a produit ce livre où l’on apprendra – grâce à une kyrielle de flèches implacables, de schémas rigoureux et de positions scabreuses – que la possibilité d’une répartition uniforme du malheur sentimental repose parfois uniquement sur le nombre d’individus présents dans le cheptel. Enfin, entre autres.
Ibn Al Rabin a fricoté avec l’OUBAPO, décroché un doctorat en mathématique, fait de la guitare sur un vélo, adapté le meilleur de la bible avec des feutres, et même convaincu d’autres auteurs de faire des bandes dessinées avec lui (Les Miettes, avec Frederik Peeters, Dormez-vous? avec Baladi).
Bref, des Ibn Al Rabin, il n’y en a pas deux,
et peut-être, peut-être, que c’est tant mieux.

64 pages , noir & blanc

12 × 17 cm, broché

ISBN 978-2-88923-102-7

En vente dès le 6 mai 2021

Parution le 14 mai 2021

L’Envol

Disons-le comme on le pense: la publication du travail de Kuniko Tsurita, complètement inédit en français, est en événement en soi, aussi bien pour ses qualités intrinsèques que pour sa valeur patrimoniale. L’Envol présente sur 496 pages un panorama, si ce n’est complet, en tout cas très représentatif de l’œuvre de Kuniko Tsurita, et la trentaine d’histoires qui composent ce recueil montrent ainsi l’évolution d’une artiste au parcours et au profil atypiques, et dont le travail, profondément ancré dans son époque, se rattache en grande partie au mouvement du «gekiga». Réalisées entre 1965 et 1981, ces histoires (plus ou moins) courtes dessinent aussi en creux le portrait d’une artiste en prise directe avec son époque; des histoires de science-fiction en vogue dans les années 60 à des récits aux accents autobiographiques, de moments plus expérimentaux et poétiques aux interrogations franchement politiques et féministes, L’Envol nous permet de découvrir une des voix les plus singulières et attachantes du manga d’auteur. Souvent présentée comme étant «la première femme à avoir été publiée dans Garo» (revue de bande dessinée d’avant-garde aujourd’hui défunte, et ayant publié des auteurs majeurs comme Yoshiharu Tsuge, Shigeru Mizuki, Yoshihiro Tastumi, Sanpei Shirato, etc.) Kuniko Tsurita livrera hélas une œuvre qui s’étalera tout juste sur une quinzaine d’années.
Publiée précocement dès l’âge de 18 ans déjà, Kuniko Tsurita décède prématurément en 1985, à l’âge de 37 ans.
Postface de Léopold Dahan.

 

496 pages , violet

15 × 21 cm, cartonné

ISBN 978-2-88923-101-0

En vente dès le 14 mai 2021

Parution le 4 juin 2021

La Bibliothèque

par Chihoi

Les lecteurs les plus fidèles se souviennent de Chihoi, auteur hongkongais qu’Atrabile a eu le plaisir de publier il y a quelques années (A l’horizon, Le Train, Détournements). Chihoi, auteur rare et précieux, nous revient aujourd’hui avec La Bibliothèque, un livre où l’on retrouve certains éléments caractéristiques de son travail: un trait doux tout en rondeur et en nuances, des récits poétiques qui se lisent comme des rêves, et un amour assumé pour le fantastique et la métaphore. Mais les différentes histoires, interconnectées et enchâssées, qui composent La Bibliothèque ne sont pas que des fables borgesiennes, oniriques et mystérieuses; ce sont également des récits aux accents politiques, et on devine aisément que les personnages de censeurs et les disparitions énigmatiques qui parsèment le livre sont autant de commentaires et de références à la situation actuelle de Hong Kong, et aux bouleversements que subit sa société.
Dans le livre de Chihoi, la bibliothèque n’est pas qu’un lieu dédié à la connaissance, feutré et agréable; c’est un lieu de pouvoir qui abrite bien des secrets, un lieu de manipulation dont on n’est pas sûr de sortir, un endroit où règne aussi l’arbitraire et l’imprévisible. A l’arrivée, La Bibliothèque propose aussi bien une réflexion sur un territoire en pleine mutation qu’une déclaration d’amour au livre, cet objet de savoir et de mémoire, si propice au voyage intérieur.
«Est-ce là une allégorie de la société hongkongaise dans son ensemble? On pourra en lisant entre les lignes (ou les cases) retrouver les échos des préoccupations de l’auteur – la disparition, l’oubli de la culture locale, la cession de la ville et de son histoire aux promoteurs immobiliers, l’engloutissement de l’ancienne colonie britannique par Pékin.» (Extrait de la préface de Voitachewski)

Couverture provisoire

120 pages , noir & blanc

16 × 22 cm, broché avec rabats

ISBN 978-2-88923-103-4

En vente dès le 4 juin 2021