Bile Noire 10

Par Ibn Al Rabin Baladi Kaze Dolemite Jason James Kochalka Andréas Kündig Frederik Peeters Didier Progéas Olivier Quéméré Nicolas Robel Tom Tirabosco Pierre Wazem Nikola Witko

Bile noire

72 pages en noir & blanc et en bichromie

19 x 26 cm

Broché

18.50 Chf/12.20 €

ISBN 978-2-940329-44-1

Parution en avril 2001

Eh bien voilà, il fallait que ça arrive, il suffisait qu’on l’ouvre bien grande pour jurer bien fort notre volonté indéfectible de continuer à publier notre ch’tite revue sans défaillir et régulièrement (voir le Blabla à deux balles dans le numéro précédent) pour que boum !, un retard malin et vicieux s’installe et prenne ses aises. Panique, pleurs et angoisse s’ensuivent au sein de notre usine à p’tits miquets, sans trop arranger les choses, faut bien avouer.  Surtout que bon, à notre grande surprise, la terre continue de tourner et
la couche d’ozone de se trouer. Personne ne semble avoir rien remarqué, alors chuuut, jouons-la nous discrète. On a enlevé la perfusion, balancé le Xanax, on s’est posé avec un café et une cigarette (lesenfantsnefumezpascestpasbien), et l’on s’est gentiment calmé. Le temps «perdu» va difficilement pouvoir être rattrapé, on va donc simplement décaler la sortie du prochain BN, et puis voilà. Le retard en question n’est dû qu’à mille petits problèmes (y z’avaient beau être petits, y en avaient quand même mille, ça fait beaucoup) et autres impondérables de service, dont l’arrivée de la couleur en ces pages, la rentrée tardive de certaines planches, un catalogue pour la nouvelle année que l’on a presque oublié de faire (bouclé en 2’02 » et disponible sur simple demande), ou encore la course à un nouvel imprimeur.
En effet, les choses étant ce qu’elles sont et la Suisse étant ce qu’elle est, il nous est apparu que ça ne pouvait que difficilement continuer «comme ça» (à savoir raquer un maximum pour un résultat pas toujours satisfaisant). On a donc finalement décidé d’aller voir sous d’autres presses en Europe si on y était.

Ceci étant dit, on se retrouve face à un n°10 qui se veut une espèce de numéro anniversaire, anniversaire que l’on a cru bon de fêter en introduisant un peu de couleurs. En rouge et bleu, donc, Nicolas Robel nous offre une historiette faussement naïve, voire carrément cruelle, et Frederik Peeters profite de l’occasion pour nous faire son «Sarajevo». Loin des récits autobiographiques des trois petits camarades avec lesquels il avait partagé son séjour dans la capitale bosniaque, Peeters est parti d’un fait divers réel qu’il a adapté à sa façon. Un peu avant et en rouge et noir, Tom Tirabosco et Nikola Witko se plongent, eux, dans des souvenirs d’enfance plutôt bouleversants, prouvant, si besoin est, que cette période de la vie est loin d’être un quelconque âge doré. Andréas Kündig et Ibn al Rabin proposent un exercice de style sous la forme d’un pseudo cadavre exquis, les deux compères dessinant chacun leur tour une bande de cette bizarrerie en 6 pages. Quant à la promenade de Wazem présentée ici, et parue initialement en allemand dans le Strapazin n°60, on ne pouvait se permettre d’en frustrer un lectorat francophone.
À noter également, une petite cassure dans le récit de «S. et Moi» de Olivier Quéméré, ce dernier se permettant
une réflexion sur ce travail en cour, tout en nous faisant visiter ses carnets. De son côté, Alex Baladi crée un parallèle entre des «événements médiatiques» d’hier et d’aujourd’hui, où l’on voit que sacralisation de la bêtise et plan marketing pourri perdurent et croissent en toute tranquillité. On retrouve également James Kochalka à l’heure du dîner, Kaze, qui ironise doucement mais sûrement, et Jason, coincé entre le bien et le mal. Quoique. Finalement, on saluera bien bas la nouvelle arrivée ici de Didier Progeas. Binvigut.
Et en ce qui concerne l’année 2001, celle-ci s’annonce pour nous comme plutôt conséquente. Après «Frankenstein encore et toujours» de Baladi, paru en janvier (et Prix Töpffer 2000 de la Ville de Genève, oui monsieur), on devrait poursuivre avec un ou deux albums de Wazem, suivant la forme du bonhomme. Le premier à venir, «Promenade(s)», se présentera sous la forme d’un recueil de courtes histoires parues ici, entièrement redessinées pour l’occasion, et augmenté de nombreuses pages inédites. Comme on est plutôt de nature naïve et enthousiaste, on vous l’annonce pour mai prochain (y a comme un sentiment de déjà vu, là).  Aussi au programme, un nouvel album de Jason, pour l’instant intitulé «Chhht !», qui devrait pointer son nez cet automne. Egalement prévu pour on-sait-pas-trop-quand cette année, une bonne grosse surprise signée Frederik Peeters, qui nous est tombée dans les bras comme ça, même pas emballée, mais qui nous a fait l’effet d’une bonne baffe dans la gueule. On aura, c’est clair, l’occasion d’en reparler (et que les petits curieux qui veulent tout savoir apprennent que l’album «Les Miettes», dessiné par Peeters et scénarisé par Ibn al Rabin, se fera finalement, et après moult rebondissements, chez les éditions Drozophile).
Pour un peu, on se sentirait comme un enfant trop gâté le soir de Noël. Et après lecture, ne serait-ce que de quelques pages, des œuvres précitées, on se dit que, vraiment, on est l’éditeur le plus chanceux du monde.

Voilà